Спектакль "Лорецаччо", оригинальная версия

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LE MARCHAND

        Elle-mкme, Seigneurie. Peu des dames de notre noblesse me sont inconnues.

Si je ne me trompe, elle donne la main а sa soeur cadette.

SALVIATI

        Jai rencontrй cette Louise la nuit derniиre au bal des Nasi; elle a, ma

foi, une jolie jambe, et nous devons coucher ensemble au premier jour.

LE PRIEUR, se retournant.

        Comment lentendez-vous?

SALVIATI

        Cela est clair, elle me la dit. Je lui tenais lйtrier, ne pensant guиre а

malice; je ne sais par quelle distraction je lui pris la jambe, et voilа comme

tout est venu.

LE PRIEUR

        Julien, je ne sais pas si tu sais que cest de ma soeur que tu parles.

SALVIATI

        Je le sais trиs bien; toutes les femmes sont faites pour coucher avec les

hommes, et ta soeur peut bien coucher avec moi.

LE PRIEUR, se lиve.

        Vous dois-je quelque chose, brave homme?

        Il jette une piиce de monnaie sur la table, et sort.

SALVIATI

        Jaime beaucoup ce brave prieur, а qui un propos sur sa soeur fait oublier

le reste de son argent. Ne dirait-on pas que toute la vertu de Florence sest

rйfugiйe chez ces Strozzi? Le voilа qui se retourne. Ecarquille les yeux tant

que tu voudras, tu ne me feras pas peur.

        Il sort.

ACTE I, SCENE VI

Le bord de lArno. MARIE SODERINI, CATHERINE. CATHERINE

        Le soleil commence а baisser. De larges bandes de pourpre traversent le

feuillage, et la grenouille fait sonner sous les roseaux sa petite cloche de

cristal. Cest une singuliиre chose que toutes les harmonies du soir avec le

bruit lointain de cette ville.

MARIE

        Il est temps de rentrer; noue ton voile autour de ton cou.

CATHERINE

        Pas encore, а moins que vous nayez froid. Regardez, ma mиre chйrie (Note

3): que le ciel est beau! Que tout cela est vaste et tranquille! Comme Dieu est

partout! Mais vous baissez la tкte; vous кtes inquiиte depuis ce matin.

MARIE

        Inquiиte, non, mais affligйe. Nas-tu pas entendu rйpйter cette fatale

histoire de Lorenzo? Le voilа la fable de Florence.

CATHERINE

        O ma mиre! la lвchetй nest point un crime; le courage nest pas une vertu:

pourquoi la faiblesse serait-elle blвmable? Rйpondre des battements de son coeur

est un triste privilиge; Dieu seul peut le rendre noble et digne dadmiration.

Et pourquoi cet enfant naurait-il pas le droit que nous avons toutes, nous

autres femmes? Une femme qui na peur de rien nest pas aimable, dit-on.

MARIE

        Aimerais-tu un homme qui a peur? Tu rougis, Catherine; Lorenzo est ton

neveu, tu ne peux pas laimer; mais figure-toi quil sappelle de tout autre

nom, quen penserais-tu? Quelle femme voudrait sappuyer sur son bras pour

monter а cheval? Quel homme lui serrerait la main?

CATHERINE

        Cela est triste, et cependant ce nest pas de cela que je le plains. Son

coeur nest peut-кtre pas celui dun Mйdicis; mais, hйlas! cest encore moins

celui dun honnкte homme.

MARIE

        Nen parlons pas, Catherine; il est assez cruel pour une mиre de ne pouvoir

parler de son fils.

CATHERINE

        Ah! cette Florence! Cest lа quon la perdu! Nai-je pas vu briller

quelquefois dans ses yeux le feu dune noble ambition? Sa jeunesse na-t-elle

pas йtй laurore dun soleil levant? Et souvent encore, aujourdhui, il me

semble quun йclair rapide... - Je me dis, malgrй moi, que tout nest pas mort

en lui.

MARIE

        Ah! tout cela est un abоme! Tant de facilitй, un si doux amour de la

solitude! Ce ne sera jamais un guerrier que mon Renzo, disais-je en le voyant

rentrer de son collиge, tout baignй de sueur, avec ses gros livres sous le bras;

mais un saint amour de la vйritй brillait sur ses lиvres et dans ses yeux noirs.

Il lui fallait sinquiйter de tout, dire sans cesse: "Celui-lа est pauvre,

celui-lа est ruinй; comment faire?" Et cette admiration pour les grands hommes

de son Plutarque! Catherine, Catherine, que de fois je lai baisй au front en

pensant au pиre de la patrie!

CATHERINE

        Ne vous affligez pas.

MARIE

        Je dis que je ne veux pas parler de lui, et jen parle sans cesse. Il y a

de certaines choses, vois-tu, les mиres ne sen taisent que dans le silence

йternel. Que mon fils eыt йtй un dйbauchй vulgaire, que le sang des Soderini eыt

йtй pвle dans cette faible goutte tombйe de mes veines, je ne me dйsespйrerais

pas; mais jai espйrй et jai eu raison de le faire! Ah! Catherine, il nest

mкme plus beau; comme une fumйe malfaisante, la souillure de son coeur lui est

montйe au visage. Le sourire, ce doux йpanouissement qui rend la jeunesse

semblable aux fleurs, sest enfui de ses joues couleur de soufre, pour y laisser

grommeler une ironie ignoble et le mйpris de tout.

CATHERINE

        Il est encore beau quelquefois dans sa mйlancolie йtrange.

MARIE

        Sa naissance ne lappelait-elle pas au trфne? Naurait-il pas pu y faire

monter un jour avec lui la science dun docteur, la plus belle jeunesse du

monde, et couronner dun diadиme dor tous mes songes chйris? Ne devais-je pas

mattendre а cela? Ah! Cattina, pour

 
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