Спектакль "Лорецаччо", оригинальная версия

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dormir tranquille, il faut navoir jamais

fait certains rкves. Cela est trop cruel davoir vйcu dans un palais de fйes, oщ

murmuraient les cantiques des anges, de sy кtre endormie, bercйe par son fils,

et de se rйveiller dans une masure ensanglantйe, pleine de dйbris dorgie et de

restes humains, dans les bras dun spectre hideux qui vous tue en vous appelant

encore du nom de mиre.

CATHERINE

        Des ombres silencieuses commencent а marcher sur la route; rentrons, Marie;

tous ces bannis me font peur.

MARIE

        Pauvres gens! Ils ne doivent que faire pitiй! Ah! ne puis-je voir un seul

objet quil ne mentre une йpine dans le coeur? Ne puis-je plus ouvrir les yeux?

Hйlas! ma Cattina, ceci est encore louvrage de Lorenzo. Tous ces pauvres

bourgeois ont eu confiance en lui; il nen est pas un, parmi tous ces pиres de

famille chassйs de leur patrie, que mon fils nait pas trahi. Leurs lettres,

signйes de leurs noms, sont montrйes au duc. Cest ainsi quil fait tourner а un

infвme usage jusquа la glorieuse mйmoire de ses aпeux. Les rйpublicains

sadressent а lui comme а lantique rejeton de leur protecteur; sa maison leur

est ouverte, les Strozzi eux-mкmes y viennent. Pauvre Philippe! Il y aura une

triste fin pour tes cheveux gris! Ah! ne puis-je voir une fille sans pudeur, un

malheureux privй de sa famille, sans que cela me crie: Tu es la mиre de nos

malheurs! Quand serai-je lа?

        Elle frappe la terre.

CATHERINE

        Ma pauvre mиre, vos larmes se gagnent.

        Elles sйloignent. - Le soleil est couchй. - Un groupe de bannis se forme

au milieu dun champ.

UN DES BANNIS

        Oщ allez-vous?

UN AUTRE

        A Pise; et vous?

LE PREMIER

        A Rome.

UN AUTRE

        Et moi а Venise; en voilа deux qui vont а Ferrare. Que deviendrons-nous

ainsi йloignйs les uns des autres?

UN QUATRIEME

        Adieu, voisin; а des temps meilleurs.

        Il sen va.

        Adieu; pour nous, nous pouvons aller ensemble jusquа la Croix de la

Vierge.

        Il sort avec un autre. - Arrive Maffio.

LE PREMIER BANNI

        Cest toi, Maffio? Par quel hasard es-tu ici?

MAFFIO

        Je suis des vфtres. Vous saurez que le duc a enlevй ma soeur; jai tirй

lйpйe; une espиce de tigre avec des membres de fer sest jetй а mon cou et ma

dйsarmй; aprиs quoi jai reзu lordre de sortir de la ville et une bourse а

moitiй pleine de ducats.

LE SECOND BANNI

        Et ta soeur, oщ est-elle?

MAFFIO

        On me la montrйe ce soir sortant du spectacle dans une robe comme nen a

pas limpйratrice; que Dieu lui pardonne! Une vieille laccompagnait, qui a

laissй trois de ses dents а la sortie. Jamais je nai donnй de ma vie un coup de

poing qui mait fait ce plaisir-lа.

LE TROISIEME BANNI

        Quils crиvent tous dans leur fange crapuleuse, et nous mourrons contents.

LE QUATRIEME

        Philippe Strozzi nous йcrira а Venise; quelque jour nous serons tous

йtonnйs de trouver une armйe а nos ordres.

LE TROISIEME

        Que Philippe vive longtemps! Tant quil y aura un cheveu sur sa tкte, la

libertй de lItalie nest pas morte.

        Une partie du groupe se dйtache; tous les bannis sembrassent.

UNE VOIX

        A des temps meilleurs!

UNE AUTRE

        A des temps meilleurs!

        Deux bannis montent sur la plate-forme doщ lon dйcouvre la ville.

LE PREMIER

        Adieu, Florence, peste de lItalie! Adieu, mиre stйrile, qui nas plus de

lait pour tes enfants.

LE SECOND

        Adieu, Florence la bвtarde, spectre hideux de lantique Florence. Adieu,

fange sans nom!

TOUS LES BANNIS

        Adieu, Florence! Maudites soient les mamelles de tes femmes! Maudits soient

tes sanglots! Maudites les priиres de tes йglises, le pain de tes blйs, lair de

tes rues! Malйdiction sur la derniиre goutte de ton sang corrompu!

ACTE II

SCENE PREMIERE

Chez les Strozzi.

PHILIPPE dans son cabinet.

        Dix citoyens bannis dans ce quartier-ci seulement! le vieux Galeazzo et le

petit Maffio bannis, sa soeur corrompue, devenue une fille publique en une nuit!

Pauvre petite! Quand lйducation des basses classes sera-t-elle assez forte pour

empкcher les petites filles de rire lorsque leurs parents pleurent! La

corruption est-elle donc une loi de nature? Ce quon appelle la vertu, est-ce

donc lhabit du dimanche quon met pour aller а la messe? Le reste de la

semaine, on est а la croisйe, et, tout en tricotant, on regarde les jeunes gens

passer. Pauvre humanitй! Quel nom portes-tu donc? Celui de ta race, ou celui de

ton baptкme? Et nous autres, vieux rкveurs, quelle tache originelle avons-nous

lavйe sur la face humaine depuis quatre ou cinq mille ans que nous jaunissons

avec nos livres? Quil test facile а toi, dans le silence du cabinet, de tracer

dune main lйgиre une ligne mince et pure comme un cheveu sur ce papier blanc!

Quil test facile de bвtir des palais et des villes avec ce petit compas et un

peu dencre! Mais larchitecte qui a dans son pupitre des milliers de plans

admirables ne peut soulever de terre le premier pavй de son йdifice quand il

 
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